Avec Casshern R, le dessinateur Satoshi Shiki et le scénariste Chabo Higurashi reprennent un personnage emblématique de l’animation japonaise. Mais qui est Casshern et d’où vient-il ? Réponse dans cet article.
Casshern est un héros apparu en 1973 dans la série animée Shinzô Ningen Casshan (ou 新造人間キャシャーン en japonais). Il s’agit de son nom international ; en japonais, il est généralement romanisé en Casshan, comme c’est le cas sur la couverture originale de Casshern R.
L’intention initiale derrière ce nom était de faire allusion à un trésor caché. Cependant, Hiroshi Sasagawa, le réalisateur de la série, l’a plutôt interprété comme le son que produit le verre brisé, ce qu’il associe à une chose qui ne peut être réparée, en lien avec la condition du protagoniste.
Casshern s’inscrit dans la lignée du tokusatsu, des productions en prises de vue réelles basées sur les effets spéciaux. Initié en 1954 par le travail d’Eiji Tsuburaya sur Godzilla (long-métrage réalisé par Ishirô Honda), ce mouvement est connu pour les films de kaijû (monstres géants), dont Godzilla est le plus célèbre représentant, mais aussi les séries de henshin hero (personnages se métamorphosant en super-héros), comme Kamen Rider, Ultraman ou les Super Sentai. C’est de ce dernier registre que Casshern se rapproche et s’inspire.
Histoire
Après avoir été frappé par la foudre, BK-1, un robot créé par le docteur Kotaro Azuma, acquiert la conviction que l’humanité est responsable de la pollution dont souffre la planète Terre et qu’il faut l’éradiquer. Devenu incontrôlable, il fonde Andro, une armée constituée des robots de combat dont il lance la production de masse, et se fait appeler Braiking Boss.
Pour combattre cette menace, Tetsuya Azuma, le fils de Kotaro, choisit de renoncer à son corps humain pour devenir un androïde. Ayant conservé sa conscience, il est désormais le néo-humain Casshern et se dresse face à l’armée dirigée par Braiking Boss.
Doté d’une force extraordinaire suite à sa transformation, Tetsuya est en mesure de rivaliser avec les robots de son ennemi. Cependant, son nouveau corps souffre d’un point faible majeur : il peut tomber à court d’énergie lorsque les combats s’éternisent. À ses côtés, se trouvent Flender, un chien robot, et son amie Luna Kozuki.
“Si Casshern ne le fait pas, qui le fera ?”
Équipe technique
Casshern est une production originale du studio d’animation Tatsunoko Production. La paternité revient précisément à Tatsuo Yoshida, auteur du postulat et du character design initiaux. Décédé en 1977, celui-ci était un mangaka (notamment connu pour Ninja-Butai Gekkô, adapté en série tokusatsu, ou Konchû Monogatari Minashigo Hatchi, dont l’adaptation animée a été diffusée en France en 1979 sous le titre Le Petit Prince Orphelin). Il était aussi le cofondateur du studio Tatsunoko avec deux de ses frères, Kenji et Toyoharu (plus connu sous le nom d’Ippei Kuri).
L’équipe qui a travaillé sur la série comporte quantité de noms prestigieux avec, tout d’abord, Hiroshi Sasagawa, le réalisateur. Celui-ci a participé à des séries telles que Speed Racer (1967), Kerokko Demetan (1973) ou Time Bokan (1975). En tant qu’auteur de mangas, il a aussi dessiné Maken Gorô, qui lui a servi d’inspiration pour Flender, le chien robot de Casshern.
Au scénario, Jinzô Toriumi (décédé en 2008) est un autre grand nom de l’animation japonaise. Il a travaillé sur des dessins animés aussi variés que Mahôtsukai Sally (Sally, la petite sorcière, 1966), Himitsu no Akko-chan (1969), Kagaku Ninja-Tai Gatchaman (La Bataille des Planètes, 1972), Uchuu no Kishi Tekkaman (1975), Mister Ajikko (Le Petit Chef, 1987) ou Yoroiden Samurai Troopers (Les Samouraïs de l’Éternel, 1988).
Au sein de l’équipe qui a travaillé sur Casshern, se trouve aussi le character designer Yoshitaka Amano, illustrateur célèbre pour ses travaux sur la saga de jeu vidéo Final Fantasy, sur les romans Guin Saga et Vampire Hunter D ou sur les dessins animés Kikô Sôseiki Mospeada (1983, diffusé en France au sein de la série Robotech) et Tenshi no Tamago (L’Œuf de l’Ange, 1985).
À la musique, Shunsuke Kikuchi est notamment connu pour ses compositions pour Doraemon (1979), Dr Slump (1981), Waga Seishun no Arcadia – Mugen Kidô SSX (Albator 84, 1982), High-School! Kimengumi (Le Collège Fou Fou Fou, 1985) et Dragon Ball (1986).
Du côté des comédiens de doublage, Ikuo Nishikawa joue le rôle de Tetsuya Azuma / Casshern ; Emiko Tsukada, celui de Luna Kozuki ; Reiko Mutô, celui de Midori Azuma, la mère de Tetsuya ; Masato Yamanouchi, celui de Kotaro Azuma ; Shôji Katô, celui de Flender ; et Kenji Utsumi, celui de Braiking Boss.
Diffusion
Initialement, il est prévu que Casshern succède à la série animée Gatchaman en octobre 1973, conservant le même créneau horaire sur la chaîne de télévision japonaise Fuji TV. Cependant, celle-ci rencontre un tel succès qu’elle est prolongée pour une deuxième année. De ce fait, les aventures de Tetsuya Azuma s’installent à un autre horaire, habituellement utilisé pour les productions plus familiales, inspirées des contes de fées, de Tatsunoko Production.
En lien avec cet horaire de diffusion, la série, bien qu’elle soit éloignée du conte de fées en tant que tel, intègre certains éléments se référant à ce type d’histoire, telle la quête d’humanité de son héros, le robot en forme de cygne dans lequel se trouve la conscience de sa mère ou certains décors évoquant les châteaux scandinaves.
La production en parallèle de Gatchaman entraîne aussi des restrictions budgétaires. Ces dernières précipitent la fin de la série lorsque la crise pétrolière conduit à la réduction des dépenses publicitaires et à la faillite du sponsor principal. Casshern se termine après 35 épisodes et 9 mois de diffusion, entre le 2 octobre 1973 et le 25 juin 1974.
Au Japon, la série sort en neuf DVD en 2000, puis sous la forme d’un coffret intégral en 2004 et en blu-ray en 2012. Elle est actuellement disponible en streaming sur la plateforme Prime Video.
Si le dessin animé a été publié aux formats DVD et blu-ray aux États-Unis en 2014, il reste inédit en France.
Réception
Au Japon, Casshern rencontre le succès pendant sa diffusion, rassemblant une moyenne d’audience d’environ 16%. Témoignant de sa popularité, des produits dérivés voient le jour au même moment. Il s’agit par exemple d’adaptations sous forme d’albums illustrés ou de mangas.
Quelques années après sa diffusion, en 1978, l’éditeur Asahi Sonorama lui consacre un mook dans sa série Fantastic Collection. Cet ouvrage écrit par Minoru Murayama revient sur le dessin animé, détaillant notamment les coulisses de sa création.
Illustrant l’empreinte durable laissée par la série imaginée par Tatsuo Yoshida, les sorties continuent au fil des années et des décennies, qu’il s’agisse de figurines, de CD des musiques, d’éditions au format physique ou de rééditions des mangas de l’époque.
La façon dont les artistes, ayant été marqués, enfants, par Casshern, s’en inspirent des années plus tard pour leurs propres créations est une autre preuve de son importance dans la culture populaire japonaise. Dans le domaine du jeu vidéo, c’est par exemple le cas de Shinji Mikami pour Vanquish, un jeu développé par le studio PlatinumGames (2010), ou de Hideo Kojima, qui habille le personnage de Raiden à la manière de Casshern dans Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriot (2008). Même le personnage de Mega Man (Rockman en japonais), apparu en 1987 dans le jeu vidéo du même nom, semble en être un héritier direct.
À l’instar de Satoshi Shiki et Chabo Higurashi avec Casshern R, d’autres auteurs et studios ont choisi de rendre hommage à Casshern en le revisitant dans de nouvelles adaptations.
Adaptations et déclinaisons
Les mangas Shinzô Ningen Casshan
Pendant la diffusion de la série animée Casshern, en 1973 et 1974, différentes adaptations en manga sont publiées dans des magazines. Une seule d’entre elles paraît sous forme de volume relié. Comptant deux tomes, elle est éditée par Ace-Five Comics. Plusieurs dessinateurs sont à l’œuvre : Fukuo Watanabe, Yukio Wakamiya et Yasutaka Otsuji sur le premier volume, et Osamu Shima sur le second.
Des années plus tard, en 2004, pour accompagner la sortie du film live, les éditions Eichi réunissent les autres adaptations en manga de l’époque, et notamment celle de Masanobu Asai, dans deux volumes intitulés Gold Side et Platinum Side.
Les OAV Robot Hunter Casshan
En 1993, vingt ans après la série animée, Tatsunoko Production en propose un remake sous la forme de 4 OAV (Original Animation Video, des productions destinées au marché de la vidéo) de trente minutes. Commémorant les trente ans du studio d’animation, la série raconte une histoire alternative avec des différences importantes, à commencer par son point de départ, trois ans après l’apparition de l’armée d’Andro, alors que la domination de cette dernière sur la planète Terre est presque totale.
Intitulée Robot Hunter Casshan (ロボット・ハンター・キャシャーン en japonais), cette nouvelle version est l’œuvre d’une équipe rassemblant notamment Hiroyuki Fukushima à la réalisation, Noboru Aikawa, Emu Arii et Hideki Kakinuma au scénario, Umetsu Yasuomi à la conception des personnages, Michiru Ôshima à la musique et Kazuya Fukuda à la direction artistique.
Les 4 épisodes voient le jour entre août 1993 et février 1994 au Japon. Ils ressortent ensuite en DVD en 2006 et connaissent plusieurs diffusions à la télévision entre 2006 et 2011.
Parallèlement à la sortie de Robot Hunter Casshan, Kadokawa Shoten publie un light novel en deux tomes dans la collection Sneaker Bunko. Écrit par Hideki Kakinuma, l’un des scénaristes de la série, il retranscrit son histoire avec quelques divergences.
En France, les OAV sont publiées en 2006 sous le titre Casshan – Robot Hunter, dans la collection Asia Spirit de TF1 Vidéo.
Le film Casshern
Dix ans après les OAV, c’est au cinéma que revient Casshern avec un film en prise de vues réelles. Réalisé et scénarisé par Kazuaki Kiriya, celui-ci sort le 24 avril 2004 au Japon. En France, Studiocanal le diffuse dans les salles de cinéma à partir du 26 octobre 2005, puis en DVD le 10 juillet 2006.
Bénéficiant des musiques de Shirô Sagisu (célèbre pour son travail sur la saga Evangelion), le long-métrage dure environ 2h20. Au casting, Yûsuke Iseya joue le rôle de Casshern ; Kumiko Aso, celui de Luna Kozuki ; et Akira Terao, celui de Kotaro Azuma.
Avec ce film, Kazuaki Kiriya propose une revisite de la série originale. Ici, tout commence avec une expérience scientifique, dont l’objectif est de réussir à cloner n’importe quel organe du corps humain sans risque de rejet. Cependant, celle-ci tourne mal et ranime les morts, qu’elle transforme en êtres humanoïdes aux capacités supérieures. Cette nouvelle forme de vie est immédiatement massacrée par les humains, mais certains d’entre eux parviennent à survivre et prennent la tête d’une armée de robots pour se venger. Dernier espoir de l’humanité, le fils défunt du scientifique responsable de l’expérience scientifique revient à la vie par le même procédé et devient Casshern.
Le 21 avril 2004, Shueisha publie dans sa collection Super Dash Bunko une novélisation du long-métrage. Intitulée The Last Day on Earth, celle-ci est écrite par Takemi Houjyo.
La série animée Casshern Sins
Avec la série Casshern Sins, les studios Madhouse et Tatsunoko Production proposent une réinterprétation encore plus libre du personnage. Dans cette version, Casshern se réveille amnésique après avoir tué Luna Kozuki, symbole d’espoir pour les derniers survivants de l’humanité, sur ordre de Braiking Boss, dont il était l’un des agents. Il découvre alors un monde dévasté et reconstitue ses souvenirs au fil des combats contre les adversaires qui s’en prennent à lui.
Les 24 épisodes de Casshern Sins ont été diffusés au Japon entre octobre 2008 et mars 2009. Shigeyasu Yamauchi en est le réalisateur, notamment épaulé par Yoshihiko Umakoshi au character design, Yasuko Kobayashi au scénario et Kaoru Wada aux musiques.
Entre octobre 2008 et juillet 2009, l’éditeur Jive publie dans son magazine Comic Rush une adaptation en manga dessinée par Masaki Takei. Aucun volume relié ne semble en avoir été tiré.
En France, la série animée a été publiée en juillet 2013 aux formats DVD et blu-ray par dans la collection WE Anim de WE Productions.
Les jeux vidéo Tatsunoko Fight et Tatsunoko vs. Capcom
Ces deux jeux vidéo de combat font de Casshern l’un de leurs personnages jouables.
Le premier, Tatsunoko Fight, est dédié aux figures emblématiques de Tatsunoko Production. Développé et édité par Takara, il sort le 5 octobre 2000 au Japon sur la console Sony PlayStation.
Tatsunoko vs. Capcom – Cross Generation of Heroes, lui, oppose les personnages du studio d’animation à ceux de l’éditeur de jeu vidéo Capcom (la série Street Fighter, notamment). Développé par 8ing, il est publié au Japon le 11 décembre 2008 sur la console Nintendo Wii. Il a aussi bénéficié d’une sortie française le 29 janvier 2010 dans sa version augmentée intitulée Tatsunoko vs. Capcom – Ultimate All-Stars.
Le manga Infini-T Force
Dans Infini-T Force, le dessinateur Tatsuma Ejiri et le scénariste Ukyou Kodachi proposent un cross over entre différents super-héros des productions Tatsunoko. Invoqués grâce à un crayon magique que reçoit la jeune Emi Kaido, Gatchaman, Tekkaman, Polimar et Casshern se rassemblent pour lutter contre l’organisation du mal Galactor.
Le manga compte 10 tomes, publiés entre octobre 2015 et décembre 2020 dans le magazine Monthly Hero’s de l’éditeur Hero’s Inc.
Infini-T Force a bénéficié d’une adaptation animée sous la forme d’une série de 12 épisodes en 2017, suivie d’un long-métrage en 2018. Réalisées par les studios Tatsunoko Production et Digital Frontier, ces productions bénéficient notamment du character design d’Oh!Great (mangaka connu pour Air Gear, Bakemonogatari et, tout récemment, Kaijin Fugeki, entre autres).
En France, si le manga Infini-T Force reste inédit, ses adaptations animées ont été proposées sur la plateforme de streaming Wakanim.
Le manga Casshern R
En 2023, Satoshi Shiki (au dessin) et Chabo Higurashi (au scénario) s’associent pour célébrer les soixante ans de Tatsunoko Production et les cinquante ans de Casshern. Avec l’éditeur Akita Shoten, ils entament Casshern R, une relecture fidèle de la série animée originale.
Entre septembre et novembre 2023, le manga est publié dans les pages du magazine Champion Red, puis, à partir d’avril 2025, après une pause de plus d’un an, sur la plateforme Champion Cross, dédiée à la lecture en ligne des mangas de l’éditeur.
Comptant actuellement un volume relié, Casshern R continue sa publication.
Position de Casshern R par rapport à la série animée originale
Entre le remake et le reboot, Casshern R propose, dans ses premiers chapitres, une relecture fidèle, qui s’approche davantage de la série originale que les précédentes adaptations qu’elle a connues.
S’adressant à un public adulte de par la cible seinen du magazine Champion Red et de la collection associée (dans laquelle le titre est rangé), l’intention derrière la publication de Casshern R semble, à l’instar d’autres séries du même magazine (y compris Dororo and Hyakkimaru de Satoshi Shiki), de jouer sur la fibre nostalgique d’un lectorat ayant vu la série initiale étant enfant. Cela n’exclut pas de toucher aussi un public plus jeune pour lui permettre de découvrir ce personnage emblématique de la pop culture japonaise.
Comme il a pu le faire avec Dororo and Hyakkimaru, Satoshi Shiki joue d’ailleurs pleinement la carte de l’hommage en redessinant avec son propre style des illustrations d’époque, comme sur l’exemple ci-dessous dont il reproduit la composition.
Le mot de la fin
Avec sa première diffusion télévisée dans les années 1970, Casshern a réussi à marquer durablement les esprits, revenant régulièrement sous une forme ou sous une autre pour se rappeler au souvenir des spectateurs de l’époque et pour aller à la rencontre d’un nouveau public.
S’inscrivant dans cet élan nostalgique, Casshern R, dernière adaptation en date dessinée par Satoshi Shiki et scénarisée par Chabo Higurashi, est une nouvelle illustration de la place du protagoniste dans le patrimoine culturel japonais.








































