Si j’interviewais Satoshi Shiki…

Auto-portrait de Satoshi Shiki

Avec sa venue en France pour Japan Expo, Satoshi Shiki sera probablement interrogé par quelques médias, spécialisés ou non dans le manga. J’ai moi aussi décidé de me prêter à l’exercice, mais à ma façon, en vous proposant les questions que je poserais à l’artiste si j’en avais la possibilité.

N’étant pas journaliste et n’ayant aucune prétention en la matière, il ne faut pas voir dans cet article autre chose qu’un jeu. Par exemple, la quantité de questions n’est absolument pas raisonnable (c’est que j’aurais quantité de choses à lui demander). Cela ne serait pas compatible avec un créneau d’interview standard. Aussi, j’ai mis en évidence les questions qui m’apparaissent plus importantes.

Retracer la carrière de Satoshi Shiki

Dans la majeure partie de cet entretien, nous parcourons la vie professionnelle de l’auteur, de ses débuts à Casshern R, en détaillant les différents tournants qu’elle a connus.

Les débuts

De l’enfance à ses débuts en 1991, intéressons-nous au cheminement ayant amené Satoshi Shiki à son premier manga publié.

Auto-portrait de Satoshi Shiki
Auto-portrait de Satoshi Shiki

Lisiez-vous des mangas étant enfant ? Lesquels vous ont le plus marqué ?

  • À quel âge avez-vous dessiné votre premier manga ?
  • Quand et pourquoi avez-vous souhaité devenir mangaka ?
  • Comment votre famille a-t-elle accueilli votre décision de devenir mangaka ?
  • Quels auteurs et œuvres vous ont le plus influencé dans ce choix et dans vos premiers essais ?
  • Avez-vous eu l’occasion d’être l’assistant d’un auteur ? Si oui, que vous a apporté cette expérience ?

Comment avez-vous été repéré pour vos débuts en tant que mangaka professionnel ? Comment se sont passés vos premiers pas ?

Riot et 69 Stormtroopers of Death

À partir de 1991 et jusqu’en 1996, Satoshi Shiki dessine sa première série de manga, Riot. C’est un titre qui reste, aujourd’hui encore, l’un des plus emblématiques de sa bibliographie. 69 Stormtroopers of Death est prépublié entre 1993 et 1994.

Cette période correspond au premier temps fort de la carrière de l’auteur.

Couverture japonaise du tome 1 de Riot
Riot tome 1
69 en couverture du magazine Comic Dragon (03/1994)
69 Stormtroopers of Death en couverture du magazine Comic Dragon

Vous faites vos débuts avec Riot, un titre rapidement populaire et régulièrement mis en avant chez Kadokawa Shoten. Comment avez-vous vécu cette première expérience ?

On décèle dans Riot un thème récurrent de votre œuvre : la façon dont des laissés pour compte de la société se rebellent contre un ordre établi et des autorités corrompues qui ne les considèrent pas. Était-ce l’expression d’un sentiment personnel ? Vous reconnaissez-vous toujours dans ce type de lutte ?

  • Dans quelles circonstances Riot a-t-il changé d’éditeur, devenant Riot of the World au moment de son passage chez Shueisha ?
  • Pour quelle raison Riot of the World n’a-t-il jamais repris ?
  • Aviez-vous la fin de Riot of the World en tête ?
  • Après toutes ces années, quel est votre sentiment sur cette absence de conclusion ?
  • Pourquoi 69 Stormtroopers of Death n’a-t-il pas pu faire l’objet d’un volume relié à l’époque de sa prépublication ?

Shadowrun

Pendant la publication de Riot, Satoshi Shiki a régulièrement collaboré en tant qu’illustrateur sur des ouvrages consacrés au jeu de rôle Shadowrun. Voyons si ces travaux, récurrents entre 1994 et 1997, ont été significatifs pour l’artiste.

Couverture de Shadowrun Replay-shû T.1
Shadowrun Replay-shû tome 1
  • Vous avez travaillé sur différents ouvrages autour de Shadowrun. Étiez-vous vous-même joueur de jeu de rôle sur table ? De Shadowrun en particulier ?
  • Comment en êtes-vous venu à travailler sur la licence Shadowrun ?
  • Le travail sur Shadowrun a-t-il eu une influence sur la suite de votre carrière, et notamment sur la conception de Kamikaze qui a démarré peu après ?

Kamikaze et Min Min Mint

Entre 1997 et 2003, Satoshi Shiki dessine Kamikaze. À l’instar de Riot, ce récit marque ses lecteurs et leur laisse un souvenir durable. Par sa richesse et sa fougue, c’est un des incontournables de la bibliographie de l’auteur. Revenons sur ce deuxième temps fort de sa carrière.

Couverture japonaise du tome 1 de Kamikaze
Kamikaze tome 1
Couverture japonaise de Min Min Mint
Min Min Mint

Quelles ont été les principales difficultés dont vous vous souvenez dans votre travail sur Kamikaze, votre première série longue menée jusqu’à son terme ?

  • Certains noms (Mikogami et le titre même du manga) semblent faire référence à l’un de vos précédents titres, 69 Stormtroopers of Death. Souhaitiez-vous faire un clin d’œil à ce manga qui, à cette époque, n’avait pas pu faire l’objet d’un volume relié ?
  • Dans Kamikaze, les décors sont très travaillés et poussés jusqu’au photoréalisme. Quelle était votre intention avec ce choix ?

Kamikaze alterne des scènes spectaculaires, presque cinématographiques, avec d’autres plus intimistes, proches des personnages et de leurs sentiments. À mes yeux, ce mélange est ce qui caractérise le mieux votre travail de mangaka. Qu’en pensez-vous ?

  • Qu’a représenté Min Min Mint, un titre bien plus léger, par rapport à votre travail de longue haleine sur Kamikaze ?
  • Que pouvez-vous dire concernant votre travail sur l’histoire courte Yugami no Hate ?

Daphne in the Brilliant Blue

Après Kamikaze, Satoshi Shiki élargit son champ d’activité en collaborant avec le monde de l’animation. Daphne in the Brilliant Blue en est la concrétisation avec une série animée, dont il crée les personnages, et un manga préquel.

Les cinq héroïnes de Daphne in the Brilliant Blue
Le dessin animé Daphne in the Brilliant Blue
Couverture japonaise de "I" Daphne in the Brilliant Blue
Le manga « I » Daphne in the Brilliant Blue
  • Comment avez-vous été amené à travailler sur Daphne in the Brilliant Blue ?

Que vous a apporté votre expérience dans l’animation avec Daphne in the Brilliant Blue ? En avez-vous tiré des bénéfices pour votre activité de mangaka ?

  • Pourquoi « I » Daphne in the Brilliant Blue a-t-il été interrompu ?
  • Aviez-vous un plan pour « I » Daphne in the Brilliant Blue ? Une estimation du nombre de volumes nécessaire pour le mener à terme ?

Dans « I » Daphne in the Brilliant Blue, le protagoniste est un personnage féminin. Beaucoup de vos travaux font le même choix avec un personnage féminin qui est soit central, soit la moitié d’un binôme masculin-féminin, et à chaque fois avec du caractère. Pour quelle raison mettez-vous aussi régulièrement en avant des personnages féminins forts ?

  • Que pouvez-vous dire de votre travail sur Mezame no Hermit et Metal Hazard Mugen ?
  • Après l’expérience Daphne in the Brilliant Blue, souhaitiez-vous continuer à travailler dans le domaine de l’animation ? Aujourd’hui, cela vous intéresserait-il toujours ?

XBlade

À la fin de l’année 2006, Satoshi Shiki se recentre sur le manga avec XBlade, collaboration avec Tatsuhiko Ida au scénario et, aujourd’hui encore, sa série la plus longue. C’est l’un des temps forts de sa vie professionnelle, particulièrement fructueux avec les rééditions de « I » Daphne in the Brilliant Blue et 69 et des titres comme Genjûza, Betsuani ! ou Persona X Detective Naoto, publiés en parallèle.

Couverture japonaise du tome 1 de XBlade
XBlade tome 1
Couverture japonaise du tome 1 de Genjûza
Genjûza tome 1
Couverture japonaise de Betsuani !
Betsuani !
  • Comment avez-vous été impliqué dans le projet XBlade ?

Comment s’est passée votre collaboration avec Tatsuhiko Ida, pour XBlade, mais aussi, quelques années plus tard, Bakuen ? Aviez-vous des échanges réguliers ?

Avant XBlade, vous aviez principalement travaillé sur vos propres histoires. Vous êtes-vous bien adapté au travail avec un scénariste ?

  • Les retours de « I » et de 69 résultent-ils de démarches de votre part ou de sollicitations des éditeurs concernés ?
  • Betsuani ! est très différent de vos travaux habituels, puisqu’il s’agit d’une tranche de vie plutôt légère. Était-ce une volonté de votre part ? Est-ce un registre que vous souhaiteriez explorer de nouveau ?

L’Attaque des Titans – Before the Fall

En 2013, sitôt XBlade achevé, Satoshi Shiki enchaîne sur L’Attaque des Titans – Before the Fall, préquel du manga de Hajime Isayama et adaptation des romans de Ryô Suzukaze. Il s’agit de son deuxième manga le plus long, et probablement du plus connu grâce au rayonnement de l’œuvre originale.

Couverture japonaise du tome 1 de L'Attaque des Titans - Before the Fall
L’Attaque des Titans – Before the Fall tome 1

Comment avez-vous abordé votre travail sur L’Attaque des Titans – Before the Fall ? Avez-vous ressenti une pression supplémentaire du fait du phénomène que représentait le manga de Hajime Isayama ?

  • Connaissiez-vous déjà le manga original L’Attaque des Titans ? L’aviez-vous lu avant de travailler sur Before the Fall ? L’avez-vous fait ensuite ?

Y a-t-il des caractéristiques du manga de Hajime Isayama, dans le dessin ou la mise en scène par exemple, dont vous vous êtes inspirés pour votre propre travail, y compris en dehors de Before the Fall ?

  • Le manga Before the Fall a été ré-agencé et étoffé par rapport au light novel original écrit par Ryô Suzukaze. Êtes-vous à l’origine d’ajouts ou d’arrangements particuliers faits pour l’adaptation en manga ?
  • Avez-vous collaboré de manière régulière avec Ryô Suzukaze pendant la publication du manga ? De quelle façon ?
  • Avez-vous eu des échanges avec Hajime Isayama dans le cadre de Before the Fall ?

Les autres adaptations de light novels

Depuis XBlade en 2006, Satoshi Shiki se concentre sur son rôle de dessinateur, quittant les créations originales de ses débuts pour de nombreuses adaptations, principalement de light novels. Voyons comment il envisage spécifiquement ces travaux.

Couverture japonaise du tome 1 de Persona X Detective Naoto
Persona X Detective Naoto tome 1
The Devil Princess T.1 (Japon)
The Devil Princess tome 1

Vous avez travaillé sur l’adaptation d’autres light novels, comme Persona X Detective Naoto ou The Devil Princess. De manière générale, pour ce type de travail, collaborez-vous directement avec l’auteur ou l’illustrateur originaux ? Ou travaillez-vous de votre côté sur la base de l’œuvre initiale ?

  • Tenez-vous compte des illustrations du light novel pour votre travail de conception graphique ? Ou vous basez-vous uniquement sur le texte ?

Quelle différence voyez-vous entre le travail avec un scénariste comme Tatsuhiko Ida sur XBlade et Bakuen, ou Chabo Higurashi sur Casshern R, et l’adaptation d’un light novel ? Avez-vous le même rapport de travail avec l’auteur du light novel ?

  • Quel est l’élément le plus difficile dans l’adaptation d’un light novel ?
  • Le tome 3 de Persona X Detective Naoto n’est jamais sorti. Pour quelle raison ? Y a-t-il encore une chance qu’il voie le jour ?

Dororo and Hyakkimaru

En 2018, alors que L’Attaque des Titans – Before the Fall se rapproche de la fin, Satoshi Shiki initie une réinterprétation personnelle de Dororo, le manga culte d’Osamu Tezuka. Cette adaptation, qu’il réalise seul (sans scénariste), s’impose comme l’un des incontournables de sa bibliographie.

Couverture japonaise du tome 1 de The Legend of Dororo and Hyakkimaru
Dororo and Hyakkimaru tome 1

Quel est votre rapport à Osamu Tezuka ? L’avez-vous lu enfant ? Quelles œuvres vous ont marqué ?

  • Aviez-vous déjà lu Dororo avant de vous en voir confier l’adaptation ?
  • Qu’avez-vous ressenti au moment de commencer Dororo and Hyakkimaru ?
  • Quelles difficultés avez-vous rencontré dans la réalisation de Dororo and Hyakkimaru ?
  • Avez-vous pu amener Dororo and Hyakkimaru là où vous le souhaitiez ?

Qu’avez-vous voulu apporter à votre manga Dororo and Hyakkimaru par rapport à l’œuvre originale ?

Casshern R

Aujourd’hui, Satoshi Shiki dessine Casshern R, une adaptation écrite par Chabo Higurashi du dessin animé de Tatsunoko Production. Revenons avec lui sur ce nouveau projet.

Couverture japonaise du tome 1 de Casshern R
Casshern R tome 1

Aviez-vous vu la série animée Casshern dans votre enfance ? Si oui, quel souvenir en aviez-vous gardé ?

  • Comment s’organise la collaboration avec Chabo Higurashi pour le manga Casshern R ?
  • Avez-vous une idée du nombre de volumes envisagé par Chabo Higurashi et Akita Shoten pour mener l’aventure à son terme ?
  • Quels sont les principaux défis de cette adaptation ?

C’est votre premier titre prépublié en ligne (sur la plateforme Champion Cross), sans passer au préalable par un magazine papier. Quel est votre avis sur cette évolution ? A-t-elle changé quelque chose à votre manière de travailler ?

Le comics

Voyons maintenant le rapport de Satoshi Shiki avec le comics, une proximité qui semble s’amplifier ces derniers mois avec des illustrations de couverture, mais aussi la vente d’illustrations à la demande (commissions).

Couverture alternative du tome 7 de Thundercats Lost dessinée par Satoshi Shiki
Illustration de couverture pour Thundercats – Lost
Variante dessinée par Satoshi Shiki de la couverture du numéro 13 de Teenage Mutant Ninja Turtles - Shredder
Illustration de couverture pour Teenage Mutant Ninja Turtles – Shredder
  • Vos déplacements en convention et les nombreux dessins que vous y proposez, mais également l’illustration de couvertures et d’une histoire courte de Sweet Paprika, marquent un rapprochement avec le monde du comics. Que pensez-vous de la bande dessinée américaine ? En êtes-vous lecteur ?
  • Prévoyez-vous de continuer à travailler, ponctuellement ou plus étroitement, avec le monde du comics ?

La méthode de travail de Satoshi Shiki

Après avoir parcouru la carrière de Satoshi Shiki, attardons-nous sur la manière dont il travaille.

Comment votre méthode de travail a-t-elle évolué au fil des années et des évolutions technologiques ? Je pense notamment à l’utilisation de l’outil informatique ou, plus récemment, de l’intelligence artificielle.

  • Comment s’organise votre activité ? Par exemple, quels sont votre semaine ou votre mois typiques de travail ?
  • Avec combien d’assistants travaillez-vous aujourd’hui ? Quel est le rôle de chacun d’eux ?
  • Au cours de votre carrière, vous avez souvent dessiné deux mangas en parallèle, et même parfois trois. Comment l’organisation de votre travail s’adapte à ces projets menés simultanément ?

Où trouvez-vous l’inspiration ? Êtes-vous consommateur de cinéma, de romans, de jeux vidéo, de mangas ou d’autres choses ?

  • Quelles œuvres vous ont marqué dernièrement ?
  • Aujourd’hui, avec l’expérience qui est la vôtre, qu’aimez-vous le plus dessiner ? À l’opposé, qu’aimez-vous le moins dessiner ou ce qui vous donne le plus de difficulté ?

Les projets de Satoshi Shiki

À l’approche de la fin de cet entretien, essayons d’en savoir plus sur l’avenir de Satoshi Shiki.

Couverture japonaise du tome 2 de Casshern R
Casshern R tome 2 (sortie prévue le 17 juillet au Japon)
  • Outre la suite de Casshern R, avez-vous des projets pour les mois à venir ?

Souhaiteriez-vous pouvoir proposer une nouvelle création originale de manga (sans scénariste, ni œuvre originale préexistante) ? Avez-vous en vous des histoires, des sentiments ou des idées que vous voudriez pouvoir exprimer par ce biais ?

  • Comment choisissez-vous les projets d’adaptation sur lesquels vous travaillez ? Sur quels critères les acceptez-vous ?
  • Continuez-vous à participer au Comiket ? Que trouvez-vous dans le dôjinshi que ne vous apportent pas vos publications professionnelles ?
  • Malgré votre dessin soigné et esthétique, aucun artbook n’est sorti pour le moment. Que penseriez-vous d’une telle publication ? Serait-elle envisageable ?
  • Aujourd’hui, vous considérez-vous toujours avant tout comme un mangaka ? Ou, notamment par l’intermédiaire des commissions vendues en convention ou certains travaux annexes, vous voyez-vous plutôt comme un illustrateur au sens large ?

Satoshi Shiki et la France

Les derniers mots de Satoshi Shiki sont pour son sentiment vis-à-vis de la France, où il se déplace pour la première fois.

Couverture française du tome 1 de Riot
Version française de Riot
Couverture française du tome 1 de Kamikaze
Version française de Kamikaze
Couverture française du tome 1 de L'Attaque des Titans - Before the Fall
Version française de L’Attaque des Titans – Before the Fall
  • C’est, il me semble, votre premier voyage en France. Quel était votre sentiment sur ce pays avant ce déplacement ?
  • Qu’avez-vous pu voir de la France ? Quelles choses vous ont marqué ?
  • Quel est votre sentiment sur les lecteurs que vous avez pu rencontrer à Japan Expo ? Avez-vous senti de la curiosité, de l’intérêt ou de l’enthousiasme pour votre travail ?

Que ressentez-vous à l’idée d’être publié dans d’autres pays, qu’il s’agisse de la France ou non ? Avez-vous cela en tête lorsque vous dessinez ?

  • Avez-vous un dernier mot pour vos lecteurs français (qui aimeraient de tout cœur que d’autres de vos mangas soient traduits) ?
  • En toute indiscrétion, savez-vous si l’un de vos mangas pourrait être publié prochainement dans notre pays ?

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