Satoshi Shiki à Japan Expo : Mon compte-rendu

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Pour les amateurs français de Satoshi Shiki, sevrés de parutions depuis bientôt deux ans, l’événement de l’année était la participation de l’auteur à Japan Expo. Un mois après la convention, revenons sur ce que le salon a proposé autour du mangaka.

Japan Expo est la grande convention française consacrée à la culture japonaise, qu’elle soit moderne (manga, animation, jeu vidéo, musique…) ou traditionnelle (gastronomie, arts martiaux…). Elle se déroule chaque année au début du mois de juillet au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte, où elle attire plus de 200 000 visiteurs.

L’édition 2026 de Japan Expo s’est tenue du 9 au 12 juillet. Figurant parmi les invités de la convention (aux côtés d’autres noms du manga comme Keisuke Itagaki – Baki -, Daisuke Igarashi – Les Enfants de la Mer, Kamakura Bakeneko Club, Sorcières, Petite Forêt -, Shinichi Ishizuka et Number 8 – Blue Giant – ou Hisae Iwaoka – La Forêt Magique de Hoshigahara, La Cité Saturne -), Satoshi Shiki était présent les quatre jours sur son stand et pour un live drawing.

L'affiche de l'édition 2026 de Japan Expo
L’affiche de l’édition 2026 de Japan Expo

Le stand de Satoshi Shiki

Le stand de Satoshi Shiki se situait dans le hall 6, à proximité immédiate de la scène Kuri, sur l’espace intitulé Artist Island. Juste à côté de lui, se trouvait un grand nom du manga et de l’animation japonaise, Kia Asamiya (Silent Möbius, Dark Angel, SpeOpe!).

Pendant l’ensemble de l’édition 2026 de Japan Expo, l’auteur s’y trouvait pour rencontrer les visiteurs, leur dédicacer un manga ou leur vendre l’un des objets qu’il proposait. Contrairement à d’autres invités de la convention, Satoshi Shiki était accessible librement, sans nécessité de tirage au sort ou d’achat préalable ; il suffisait de se rendre sur son stand.

L’agent du mangaka en Europe, Edoardo Serino, était également présent pour permettre la communication. Il se chargeait de faire l’interprétariat entre le japonais et l’anglais et servait d’intermédiaire avec lui.

Emplacement du stand de Satoshi Shiki et de la scène Kuri
Emplacement du stand de Satoshi Shiki et de la scène Kuri
Bannière du stand de Satoshi Shiki
Bannière du stand de Satoshi Shiki

Positionnée en périphérie du salon, à l’écart des allées les plus fréquentées, la table de Satoshi Shiki a attiré les visiteurs tout au long de l’événement, certains pour L’Attaque des Titans – Before the Fall, les plus anciens pour faire dédicacer leur tome français de Riot ou de Kamikaze, et d’autres pour la curiosité et la découverte d’un auteur et d’un illustrateur confirmés.

Sur son stand, le mangaka proposait différents objets à la vente : des posters, des autocollants, le tome 1 de Casshern R (en version originale), le recueil d’illustrations Sketch 2 (qui rassemble certaines des commissions qu’il a réalisées jusqu’ici), des pins, des shikishi et des petites cartes cartonnées (certains dessinés par sa fille), des t-shirts, des planches originales et des illustrations en couleur. Il y en avait pour toutes les bourses et l’auteur signait volontiers chaque ouvrage acheté.

Il était également possible de retirer un dessin réservé à l’avance, via le système de commission permettant de commander une illustration originale et unique, avec le (ou les) personnage(s) de son choix et différents niveaux de finition.

Kakemono décorant le stand de Satoshi Shiki
Kakemono décorant le stand de Satoshi Shiki
Couverture de Sketch 2
Sketch 2

Note : À la demande de l’auteur, aucune photo du stand ne figure dans ce compte-rendu.

Le live drawing de Satoshi Shiki

Le vendredi 10 juillet, entre 14h45 et 15h30, Satoshi Shiki prenait place sur la scène Kuri pour un live drawing. L’événement consistait en un dessin de L’Attaque des Titans – Before the Fall réalisé en direct par l’auteur. Filmée et retransmise sur grand écran, la performance s’accompagnait d’un dialogue avec lui autour de questions-réponses.

Animé par Edoardo Serino avec un interprétariat vers le français assuré par une personne de l’organisation de Japan Expo, le live drawing a permis d’en savoir plus sur la carrière de Satoshi Shiki en même temps que de voir prendre forme une illustration composée du protagoniste de Before the Fall, Kyklo, et du titan Ogre.

Revenons sur le détail de la conversation.

Sa première visite en France

Après s’être présenté et avoir salué le public, le mangaka commence par indiquer sa joie de se trouver en France pour la première fois et de rencontrer les lecteurs du pays. Il évoque avec plaisir les personnes venues faire dédicacer l’un des volumes qu’il a publiés quand il avait une vingtaine d’années.

Sur le pays en lui-même, il indique avoir été impressionné par Notre-Dame de Paris, qu’il a visité dès le jour de son arrivée.

L’exercice du live drawing

Concernant le dessin auquel il s’attelle, Satoshi Shiki part d’un croquis préparé au préalable. Sur ce sujet, Edoardo Serino précise que l’auteur aurait souhaité avoir davantage de temps. Le créneau prévu n’étant pas suffisant pour réaliser le dessin complet, la séance le verra finaliser son illustration en direct sur la base de son brouillon.

Le live drawing de Satoshi Shiki
Le live drawing de Satoshi Shiki

À propos de l’exercice du live drawing, Satoshi Shiki précise qu’il a le trac à chaque fois, et ce, même s’il s’y est déjà prêté à plusieurs reprises. Comme un mangaka travaille généralement en solitaire, il trouve impressionnant de devoir dessiner devant une telle quantité de personnes. Il demande donc au public son indulgence.

L’artiste ajoute que le live drawing le plus difficile qu’il a effectué se déroulait à Taïwan, où on lui a demandé de dessiner directement sur un mur.

Sur ce sujet, il termine en indiquant qu’il sera en Bulgarie la semaine prochaine pour un autre dessin en public.

Ses influences et ses débuts

La vocation de Satoshi Shiki est née durant son enfance, alors qu’il était à l’école primaire, suite au choc qu’il a ressenti à la lecture de certaines œuvres. Il cite en premier lieu Urusei Yatsura (Lamu) de Rumiko Takahashi, puis Ring ni Kakero de Masami Kurumada (l’auteur de Saint Seiya). C’est à cette époque qu’il a commencé à dessiner. Quand il était au collège, il a été très impressionné par Akira de Katsuhiro Otomo.

À 15 ans, l’auteur a réalisé ses premiers dôjinshi (ouvrages – mangas dans son cas – auto-publiés, sans l’aide d’une maison d’édition). Il s’agissait de récits originaux qu’il a pu présenter et vendre lors du Comic Market (Comiket ; célèbre convention japonaise dédiée au dôjinshi). Cela lui a permis d’être repéré par un éditeur et de lancer sa carrière.

L’auteur en profite pour faire une parenthèse sur la nouvelle génération d’auteurs. Il se montre envieux des nouveaux moyens dont elle dispose pour se faire remarquer. Il cite par exemple les réseaux sociaux et l’auto-publication en ligne (via Amazon, par exemple), qui n’existaient pas à l’époque de ses débuts.

Satoshi Shiki précise ensuite qu’il a réellement démarré sa carrière à 17 ans. Cependant, son premier travail se trouvait dans un magazine peu connu et est resté confidentiel. Cette information, qu’il préfère taire la plupart du temps, est une exclusivité pour les spectateurs du live drawing. Habituellement, il situe ses débuts en 1990, quand il avait 20 ans, ce qui l’amène aujourd’hui à trente-six ans de carrière.

Le live drawing de Satoshi Shiki à Japan Expo
Le live drawing de Satoshi Shiki

Dans la suite de la discussion entre M. Serino et lui, l’artiste indique qu’il lit beaucoup de mangas en ce moment. De cette façon, il cherche à progresser dans son propre travail en assimilant de nouvelles histoires et de nouvelles façons de raconter, puis en se les appropriant et en les réinterprétant à sa manière.

En ce qui concerne ses sources d’inspiration, outre Urusei Yatsura, il cite le film Les Rues de Feu (Streets of Fire, réalisé par Walter Hill et sorti en 1984).

Dororo and Hyakkimaru

Quand Edoardo Serino l’interroge sur la genèse de Dororo and Hyakkimaru, Satoshi Shiki indique que ce travail est le fruit d’une discussion avec son éditeur chez Akita Shoten. Chacun de leur côté, ils ont listé les œuvres qu’ils aimaient. Leurs deux listes respectives se sont recoupées sur un titre commun : Dororo. Tous les deux sont alors tombés d’accord pour dessiner leur propre version de Dororo, au lieu de simplement proposer un manga dans le même style.

L’auteur a ensuite présenté le projet à la société Tezuka Productions, qui a accepté.

L’Attaque des Titans – Before the Fall

Edoardo Serino et Satoshi Shiki reviennent ensuite sur L’Attaque des Titans – Before the Fall, pour ce qui représente la plus grosse partie de la conversation.

Le projet a été proposé à l’artiste par son éditeur chez Kôdansha. Après une longue hésitation, c’est une discussion avec Hajime Isayama, l’auteur du manga original, qui l’a décidé. Avec le recul, Satoshi Shiki ne regrette pas son choix, car cela lui a permis d’apporter sa pierre à l’édifice et aussi de toucher un public plus large que celui de ses précédents travaux, comme Riot et Kamikaze.

Concernant le scénario de Before the Fall, le mangaka s’est basé sur les romans de Ryô Suzukaze. Cependant, à la demande de son éditeur, il en a proposé une version plus développée, avec une histoire plus longue et des personnages plus profonds. Sa principale difficulté résidait dans l’équilibre à trouver entre le respect de l’œuvre originale et le fait d’apporter sa touche personnelle.

Le live drawing de Satoshi Shiki
Le live drawing de Satoshi Shiki

À propos du dessin, Satoshi Shiki a voulu se démarquer des titans de Hajime Isayama. Là où celui-ci leur donnait des expressions indéchiffrables, les rendant à la fois étranges et effrayants, lui a préféré les affubler de mimiques plus évidentes, plus faciles à comprendre, comme la colère.

L’auteur et M. Serino s’attardent aussi sur le dispositif de manœuvre tridimensionnelle, le fameux équipement de L’Attaque des Titans. Dans Before the Fall, on assiste à son élaboration avec différents prototypes intermédiaires. Le design de ces derniers a été choisi par Hajime Isayama et l’éditeur parmi plusieurs propositions de Satoshi Shiki.

Enfin, répondant à une question d’une personne du public, le mangaka précise que, même s’il est ravi d’avoir dessiné Before the Fall, il ne souhaite pas travailler de nouveau sur L’Attaque des Titans.

Serge le Lapin

Satoshi Shiki évoque ensuite sa collaboration avec la RATP autour de la mascotte de l’entreprise, Serge le Lapin. L’auteur porte d’ailleurs aujourd’hui même le t-shirt issu de ce projet et le montre au public.

Lorsqu’on lui a proposé de dessiner ce personnage, Satoshi Shiki a d’abord cru à une erreur, puisque son registre est habituellement plutôt sombre et violent. Mais il a finalement accepté et ne le regrette pas, puisque cela lui a permis de sortir de sa zone de confort et de réaliser une illustration colorée, à mi-chemin entre le style “manga” qu’on attendait de lui et un style “pop-art” plus américain. Ce dessin figure désormais parmi ses travaux préférés.

Les questions du public

La séance se termine par quelques questions posées directement par le public. L’une d’elles permet d’apprendre que le personnage que Satoshi Shiki a préféré dessiner est Axelle, l’héroïne de Riot.

Sur la question de l’intelligence artificielle, l’auteur ne la trouve pas dangereuse en elle-même ; il s’interroge seulement sur son usage. Pour lui, bien utilisée, elle peut être bénéfique, notamment en tant qu’outil au service de notre imaginaire. Il indique aussi que cela poursuit un mouvement entamé avec le passage au dessin numérique. Selon lui, même si le métier de mangaka va continuer à se transformer avec ce nouvel outil, il ne disparaîtra pas pour autant, car les auteurs sont trop talentueux pour se faire dépasser par la technologie.

Satoshi Shiki présente son dessin à l'issue du live drawing
Satoshi Shiki présente son dessin

La boutique officielle de Japan Expo

Avant de clore cette rétrospective, il faut faire un dernier crochet par la boutique officielle de Japan Expo. Celle-ci vendait différents objets (casquettes, mugs, sweat-shirts, badges, éventails, etc.) aux couleurs de la convention, de sa mascotte Chibi-Dino ou de personnages comme Cobra ou Goldorak.

Satoshi Shiki était lui aussi de la partie, puisque c’est ici qu’étaient vendus le cabas et le t-shirt ornés de sa revisite de Serge le Lapin. Un passage indispensable pour les amateurs de l’auteur, qui pouvaient ensuite se rendre sur son stand pour lui faire signer l’un ou l’autre de ces objets.

Vitrine de la boutique officielle de Japan Expo
Vitrine de la boutique

Le mot de la fin

Pour sa première visite en France, Satoshi Shiki s’est montré accessible et disponible pour ses lecteurs et pour les curieux venus à sa rencontre. Généreux en informations, son live drawing s’adressait autant aux néophytes qu’à celles et ceux qui le connaissaient déjà.

Il reste à espérer que ce déplacement dans notre pays ne sera pas le dernier et que cela aura rappelé l’existence de l’auteur aux éditeurs français. Une nouvelle visite accompagnée de la publication française d’un de ses mangas inédits ? C’est tout ce que j’espère.

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